lecture et croyances·Lecture Numérique

Perception, croyances et lecture

Lorsque j’ai lu pour la première fois cette chronique, http://bbf.enssib.fr/consulter/bbf-2011-05-0058-010,  j’ai éprouvé une colère dont je ne parvenais pas à cerner la cause réelle. Tout est tellement définitif, tant dans la multiplication des citations, des renvois, que dans les jugements.

Dans un premier temps, ce qui me choque est posé par cette opposition : jeunes-vieux, qui, à plusieurs reprises, vient jalonner ce texte :

Un homme de 42ans (sous entendu jeune encore)

puis cette citation de H.Rosa « jeunes et vieux vivent de plus en plus dans des sous-mondes isolés »  hors de son contexte, elle peut être interprétée soit comme un cloisonnement entre chaque monde, soit comme une mise à l’écart de ces générations ? Ici, il semble vouloir renforcer que les jeunes et les vieux n’ont plus rien en commun.

Et en fin de chronique « cette chronique, écrite par un homme de 57ans». Avoir 57ans est il une définition de qui nous sommes ?

Ces références à l’âge et à ses croyances, ses excès, n’est pas un argument pour ou contre la lecture numérique, les « pour » étant les jeunes en général, les « contre » étant les « vieux ».

Pour ou contre ?

Peut –on aujourd’hui être pour le livre papier, ou pour le livre numérique, ou contre l’un ou l’autre ? Et faut-il se référer à l’âge des lecteurs, pour distribuer les bons points aux uns, les vieux qui liraient –bien-, et les jeunes qui ne liraient que dans l’urgence, dans la distraction perpétuelle, la facilité, la course au temps, le zapping ?

Lire est un état d’être, l’âge est un élément parmi tant d’autres, qui nous fait apprécier, savourer un texte court, ou un récit très long, des mots qui chantent ou qui déchirent. Les considérations pseudo philosophiques qui ne se fondent que sur des généralités habillées par des citations et des formulations intellectualisées, ne dépeignent pas le quotidien des lecteurs. Et pour parler des jeunes, il me parait essentiel de partir avec eux dans l’exploration des nouvelles technologies pour les mener peu à peu à la page qui se tourne du vieux bouquin du fond de la bibliothèque. Il n’y a pas si longtemps, mes propres enfants se régalaient de bandes dessinées, d’illustrés,  tout en écumant la bibliothèque de la maison. Aujourd’hui mes petits fils tournent les pages d’un I pad plein de bouquins, tout en demandant le soir, l’histoire du livre de la table de nuit. 

Cette opposition Pour et Contre ne fait qu’éloigner ceux qui lisent peu, du monde des livres. Il n’y a en fait que contenant et contenu. Si je lis sur une liseuse, je sais comment m’y préparer, de même lorsque je prends un livre papier. Si j’utilise mon I pad, je ferme les applications qui pourraient distraire ma lecture. Ne mélangeons pas tout : l’outil n’est pas l’éthique. Cette chronique semble nous porter à croire que la liseuse ou la tablette sont des gouffres de distractions : email, heure, lieu…L’Homme est capable, quel que soit son âge, de se protéger, de créer son environnement préférentiel, d’éliminer les facteurs de distractions. Ce n’est pas l’outil qui est en cause , mais bien celui qui l’utilise.

Et apprenons à nos enfants, ce confort de l’instant concentré sur une lecture sereine.

Je me souviens de cette époque, ou l’ipad et la liseuse n’existaient pas, j’avais une famille à faire tourner, une entreprise à gérer, et j’aimais comme aujourdh’ui lire un bouquin chaque soir. Le temps alors était saccadé dans toute les activités quotidiennes, mais lorsque s’ouvrait le bouquin, il n’existait plus. Aujourdh’ui je ressens la même liberté, un I Pad dans les mains. Savoir trouver le point d’équilibre appartient à chacun.

Ma colère est venue aussi de ce sentiment : tant de jugements sur des jeunes incapables de s’auto gérer, de se cultiver, d’apprécier la beauté d’un livre, tant de jugements sur des vieux qui seraient laissés avec leur transmission de connaissance en rade, tant d’affirmations nés de constats plus ou moins généralisant appuyés par des citations comme pour justifier une position incertaine.

Je ne suis pas cultivée, ni intellectuelle au sens habituel de ces termes, aussi, ais je peut être  interprété, sur un mode  premier degré, une chronique qui se voudrait porteuse de réflexions plus que d’affirmations. Je ne connais pas Yves Desrichard, et je salue son érudition et sa biographie. J’aimerai le connaître, le rencontrer, lui dire avec des mots simples, la joie d’une lecture sans contraintes, et sans a priori par des jeunes et des vieux qui ne se posent pas la question de savoir sur quels supports ils liront, mais qui s’interrogent sur le contenu qu’ ils vont découvrir, pour avancer encore, s’informer, se cultiver.

Je n’ai pas aimé le ton et la démonstration, ne me sentant pas prise en compte en tant qu’individu passionné de lecture mais plutôt cataloguée dans une niche dont je ne pourrais sortir.

Je découvre de jeunes auteurs qui se cherchent dans la lecture numérique, et parfois j’ai des coups de cœur,  je relis avec passion de ces vieux bouquins alignés dans les bibliothèques que j’écume au gré de mes déplacements, je remplis mon I pad de livres également lors de ces déplacements, ce qui évite à mes articulations l’inconvénient de porter une dizaine de bouquins pour dix jours de déplacement.

Et je connais des jeunes qui sont vieux dans leur quotidien, et des vieux tellement jeunes dans leur curiosité.

Etiqueter les générations et déclarer qu’un fossé les sépare n’est pas nouveau. Ce n’est pas non plus gage de partage. Chaque être humain a soif de connaissances, certains peuvent les acquérir par la lecture, et devront les partager avec ceux qui ne sont pas encore sur le chemin du livre. Le livre en toute simplicité, écrit par des auteurs, avec des mots, des phrases, des syllabes, et le cœur, et les tripes.

Le reste, support matériel, liseuse, peut être luxueux, technique, habillé de cuir, en poche, selon l’humeur, le moment, l’utilisation. A nous de comprendre notre propre besoin, tout en partageant nos découvertes.

Le soi-disant fossé entre les générations peut devenir un espace protégé dans lequel chacun offre à l’autre un instant de partage. Le fossé n’est qu’une croyance, et l’avantage des croyances est que l’on peut en changer.

Une réflexion au sujet de « Perception, croyances et lecture »

  1. D’accord avec toi, le chroniqueur perd toute crédibilité quand il cite en dernier paragraphe (avec semble-t-il une certaine fierté) une citation contre l’insupportable « accéleration » du monde datant de… 1823.

    Et cette manière de pester contre la bibliothèque dans un sac : comme si quelqu’un, un jour, avait voulu manger 10 000 livres d’un coup, alors que ce qui compte, c’est de pouvoir convoquer Le Comte de Monte Cristo, à peine le pied posé sur le port de Marseille, en rentrant de la balade du Frioul… et de pouvoir profiter de l’inattention de son petit cousin pour lui télécharger sur son smartphone…

    Pour ma part je ne vois qu’un seul enjeu : le lire. Qu’un seul combat : son devenir. Et que la part des gens croisés, dégoûté des classiques au lycée et n’ayant pas rouvert un livre depuis parfois des années — cette part grandissante n’a rien a voir avec le numérique.

    L’amour de la lecture, et la richesse de cette technique de soi — mêlée à l’écriture qu’elle nourrit, participe d’une lutte dont on a pas fini la démocratisation. Loin de là.

    Détail peut-être ridicule, mais l’article vers lequel tu pointe est écrit sur une colonne faisant le double de la tienne, format peu lisible, peut inspiré par les contraintes de l’environnement de lecture numérique, microscopique sur smartphone — comme s’il fallait l’imprimer pour pouvoir le lire correctement… un comble.

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